Historique 8

La maison du cancer :


Des collègues lui offrent 170 jours de congé pour accompagner son fils

L’histoire est aussi tragique qu’elle est belle. Celle de ces parents confrontés au cancer de leur fils, un petit garçon de 9 ans, mais soutenus dans leur malheur par un magnifique élan de solidarité. Les collègues de travail du père vont lui offrir ce dont il a le plus besoin : du temps. Pour être aux côtés de son fils jusqu’au bout.

christophe Germain

L’histoire est aussi tragique qu’elle est belle. Celle de ces parents confrontés au cancer de leur fils, un petit garçon de 9 ans, mais soutenus dans leur malheur par un magnifique élan de solidarité. Mathys a un grave cancer, il lutte avec courage, se remet puis rechute jusqu’à ne plus se relever. A ses côtés des parents qui ne veulent pas le quitter pour l’accompagner jusqu’au bout.

Un désir si légitime et pourtant si compliqué à mettre en œuvre quand il faut bien continuer à travailler pour gagner sa vie. Alors, il faut jongler. Lydie Germain demande un congé pour accompagnement d’enfant malade, ce qui lui ouvre le droit à 100 jours d’absence sur trois ans. Des jours où elle ne perçoit plus que 30 euros.  Au bout d’un mois, son revenu a été divisé par quatre. « Au début, on n’y pense pas. Puis, cela vous rattrape, et les soucis financiers s’ajoutent au reste », explique Christophe Germain. Quand on a un crédit sur le dos, il faut aller voir les banquiers, faire appel à leur mansuétude. Il n’empêche, les problèmes matériels s’accumulent, obligeant Lydie Germain à reprendre le travail. Heureusement, des horaires souples lui permettront d’être le plus souvent possible avec son fils. Rien n’est simple non plus pour le père. Afin d’accompagner son fils à Paris pour une transplantation du foie, Christophe Germain se fait arrêter par son médecin traitant pour accompagnement d’enfant malade. Au bout de deux mois, il est convoqué par le médecin de la sécurité sociale. « Votre fils est malade, pas vous, lui dit-il en substance. Retournez au travail ». A sa demande d’une prolongation d’une quinzaine de jours, il se verra opposer un refus catégorique. Alors, le père retourne au travail.

Après 23 ans passés chez Badoit, Christophe Germain est bien entouré et ses collègues de travail décident de l’épauler. « De quoi as-tu besoin ?, lui ont-ils demandé ». « De temps pour être avec mon fils», leur répond-il. Une pétition va circuler dans l’entreprise, et anonymement chacun se voit proposer de donner des rtt, des jours de congés payés, des heures supplémentaires. Au total, la « cagnotte temps » se monte à 170 jours de congés. La direction de Badoit est solidaire, mais doit en référer à Evian, entreprise elle-même détenue par Danone. L’accord est donné, Christophe Germain rentre chez lui, salaire, prime, boulot préservés. « Je n’avais plus de souci de ce côté-là. J’ai pu me consacrer à mon fils et profiter de chaque seconde passée à ses côtés. De ce cadeau, je serai reconnaissant à mes collègues jusqu’à mon dernier souffle ». Mathys s’en est allé, et ses parents ont décidé de se battre pour que d’autres parents puissent avoir cette même liberté. « A un moment donné, on ne peut pas être des deux côtés, à l’hôpital et au boulot, explique Christophe Germain. J’ai croisé des parents qui avaient de gros problèmes avec leurs employeurs, qui craquaient parce qu’ils jonglaient entre tout ça ». Alors Christophe et Lydie Germain ont décidé de créer une association joliment baptisée « D’un papillon à une étoile ». Cet élan de solidarité dont ils ont profité eux, ils aimeraient que d’autres puissent en bénéficier. « Ce qui a été fait chez Badoit, cela doit être possible de le répliquer ailleurs », explique Christophe Germain. Et de réfléchir à la mise en place dans les entreprises de Caisses de solidarité afin d’octroyer du temps aux parents d’enfant malade ; et amener les pouvoirs publics à revaloriser les indemnités journalières. Un énorme chantier et un combat légitime qui les aident à surmonter leur peine. Pour que face à l’indicible chagrin, les contraintes de tous ces parents en souffrance soient au moins allégées. Au plus grand profit des petits malades.

Anne-Laurence Fitère